PDF Imprimer Envoyer

LES ORIGINES DE L'HOMME

La matière organique est formée de trois groupes de substances : les glucides comme le glucose et le fructose, les lipides comme les huiles et les graisses, les protides. Les molécules de ces dernières sont la combinaison d'atomes de carbone, d'oxygène, d'hydrogène auxquels peuvent être associés des atomes d'azote, de phosphore et de soufre. Il existe 100 000 espèces de protides dans le corps humain.

C'est l'enchaînement et la disposition dans l'espace des molécules qui caractérisent chaque protéine. Tous les atomes d'hydrogène datent du tout début de la naissance de l'Univers. Ceux de carbone et d'oxygène, comme ceux d'éléments plus lourds, ont été fabriqués dans les étoiles nées dans les troisièmes ou quatrièmes  milliards d'années de sa formation puis projetés dans l'espace par leur explosion. La gravitation les a rassemblés. Dans notre système solaire, les planètes ont été formées. La Vie est  apparue sur Terre, comme elle a pu apparaître, peut-être, sur d'autres planètes, dans d'autres galaxies.

Une complexification croissante

A l'origine, sur la Terre, ce sont d'abord des cellules uniques, les bactéries, qui naissent dans les fosses marines où elles tirent leur énergie de l'hydrogène dissous dans les fumerolles. Remontant à la surface des eaux, il y a trois milliards d'années, ces êtres unicellulaires, par un procédé chimique complexe, utilisent l'énergie des photons de la lumière solaire, dissocient des molécules d'eau pour récupérer des électrons et "recharger leurs batteries" ce qui a pour conséquence de relâcher dans la mer, puis dans l'atmosphère qui en était dépourvue, l'oxygène. C'est la photosynthèse.

Puis apparaissent les cellules à noyau et, il y a un peu moins de 600 millions d'années, des organismes pluricellulaires. De nouvelles formes de vie se multiplient : c'est l'explosion du cambrien.

Précédant les animaux, les végétaux se hasardent sur terre, d'abord les mousses timides et modestes puis l'infinie variété des espèces végétales. Dans leurs parties éclairées, les plantes vertes possèdent un pigment, la chlorophylle. Ce sont les molécules de cette substance qui vont  permettre, par photosynthèse, le prodigieux développement des végétaux. A partir du gaz carbonique atmosphérique, d'eau et sous l'action des photons de la lumière solaire, la chlorophylle met en réserve de l'énergie et synthétise les molécules organiques indispensables à la plante. Les animaux ne peuvent, quant à eux, synthétiser tous les acides aminés indispensables à la formation de leurs protéines. Ils doivent se nourrir de plantes ou d'autres animaux qui auront obtenu eux-mêmes leurs matières organiques de plantes, d'où l'existence de chaînes alimentaires dont le maillon initial est toujours végétal.

On ne connaît à peu près rien des lois qui régissent l'évolution biologique à long terme. Des centaines d'années de recherche et d'interrogations ont conduit à une certitude :  la vie est une complexification croissante. L'homme, parce qu'il est le seul animal doué de raison, croit avoir atteint le sommet de cette évolution.

Le développement de l'embryon humain

La première cellule qui en se développant formera l'embryon humain mesure moins de deux dixièmes de millimètre. Il en tiendrait un million dans un dé à coudre. Tout ce qui sera l'homme est inscrit dans les informations contenues dans le noyau de cette cellule. Au cours de son développement, l'oeuf de l'espèce humaine, multipliant son poids originel par cent millions. franchit toutes les étapes de gradation, du simple au complexe, par lesquelles la vie animale a marqué son évolution. Schématiquement, l'oeuf s'est divisé comme une amibe, ou une algue unicellulaire, êtres vivants apparus il y a plus d'un milliard d'années. Puis toutes les cellules forment une sphère creuse, comme chez certaines algues d'eau douce. Nourrie au contact de la matrice, cette petite boule grandit. Les cellules jusqu'alors semblables se différencient. On distingue trois feuillets dont l'un deviendra l'intestin comme chez les coelentérés, embranchement comprenant des invertébrés marins menant alternativement une vie errante comme les méduses et une vie fixée comme les polypes. Puis une ligne allongée située sur le dos comme chez les êtres appelés cordés, dont le type est l'amphioxus, une sorte de petit vers  qui vit dans les sables marins, devient l'ébauche du système nerveux. Cette ligne primitive, d'abord gouttière puis tube, se renfle à l'avant et devient le cerveau. Un feuillet intermédiaire donne en avant le crâne, en arrière les vertèbres comme chez les poissons apparus il y a cinq cents millions d'années. Tous les tissus et les organes se multiplient et s'organisent d'une façon très complexe. Le coeur, d'abord simple tube, présente ensuite deux lobes comme chez les poissons. A la quatrième semaine il a deux oreillettes et un ventricule comme chez les grenouilles, amphibiens apparus il y a trois cent soixante dix millions d'années. Au deuxième mois enfin il en a quatre comme chez tous les mammifères apparus entre cent quatre-vingts et soixante-cinq millions d'années. Le rein définitif du foetus passe par deux ébauches successives qui seront résorbées : un rein ressemble à celui d'un serpent, l'autre est identique à celui d'un rat.

Ainsi un seul être retrace, en moins de deux mois, toutes les étapes franchies par les espèces du règne animal  en plus d'un milliard d'années (Trois milliards d'années de vie, Encyclopédie Planète

Qui est le premier Homme ?

En 1926, Adolph H. Schultz voit dans le développement des jambes et des pieds qui ont permis chez les primates la station verticale l'apparition de l'Homme. Les Grecs cultivaient déjà cet événement dans l'énigme posée par le Sphinx à OEdipe : quel est l'animal qui marche à quatre pattes le matin, deux à midi et trois le soir ? En se dressant sur ses jambes, il y a 4 millions d'années, notre ancêtre se singularise à tout jamais de l'animal

Des préhistoriens s'accordent cependant à dire que seule l'aptitude à fabriquer des outils fait l'homme. En Ethiopie, dans le bassin sédimentaire de Hadar où Lucie fut exhumée, ont été découverts "des cailloux cassés" datés de 2,6 millions d'années. Ce sont les plus anciennes pierres taillées trouvées. De nombreux animaux sont aussi capables d'utiliser des objets naturels pour casser des coquillages ou  des coques dont ils se nourrissent mais l'homme, remarquent ces préhistoriens, est le seul être vivant capable de créer des outils en analysant ses moyens et ses fins. (d'après Catherine Chauveau - Science et Vie  Nos origines, les dernières révélations )

Si le singe taillait déjà des cailloux pour en faire des outils, son intelligence s'est arrêtée à cette faculté. Des paléontologues disent qu'il ne deviendra homme que lorsqu'il utilisera le langage verbal car il est impensable d'imaginer notre vie sans ce moyen de communication. Le langage ne pourra être en usage qu'à la suite de modifications anatomiques favorables. En grandissant, le trou occipital par lequel le crâne du singe s'articule sur la colonne vertébrale se déplace vers l'arrière et la tête penche en avant. Chez l'homme, au contraire, celle-ci reste bien droite, fait descendre le larynx et rend possible le langage articulé.

Cette modification anatomique cependant n'est pas suffisante. Des modélisations par ordinateur ont montré que le conduit auditif de l'homme de Neandertal qui constitue le type hominoïde vivant entre 120 000 et 35 000 av. J.C., ne lui permettait pas de prononcer les voyelles i, u et a. Il devait en outre parler du nez et son débit très lent ne rendait pas ce moyen de communication efficace

On peut imaginer une civilisation sans écriture : les Incas ne connaissaient ni les idéogrammes, ni les nombres, ni les lettres. Tout s'y faisait de bouche à oreille. Leur civilisation a été brillante. Mais il n'est pas d'exemple de peuple qui ne possède pas un langage articulé. Outre la faculté de former et d'utiliser des symboles - les mots - encore faut-il savoir les organiser. Sauf un "petit prodige", Kansy, de l'Université d'Etat de Géorgie, le chimpanzé n'est pas capable de construire une phrase. Toutes les conditions favorables à la parole semblent n'avoir été réunies que chez Homo sapiens sapiens, l'homme moderne (Science et Vie, Collection XXème siècle)

D'où vient l'homme ? Pourquoi est-il là ?

Des réponses différentes ont été données à ces questions selon les civilisations, les mouvements philosophiques, les croyances.

Pendant tout le Moyen Age et au-delà, l'enseignement est au Clergé qui prend la Bible au pied de la lettre.

Le chapitre de la Genèse apporte aux hommes la réponse à ces questions : Dieu a créé le monde en 6 jours (1er jour, création de la lumière et du jour ; 2ème jour, création de l'architecture de l'Univers ; 3ème jour, séparation de la terre et des eaux ; 4ème jour, création des plantes ; 5ème jour, création des étoiles et des astres ; 6ème jour, création des animaux et de l'Homme). Adam, le premier homme, a été tiré du limon de la terre. Eve, la première femme a été tirée d'une côte d'Adam pendant son sommeil. Elle est "la chair de sa chair et les os de ses os".  Exprimer des doutes sur cette origine des espèces écrite dans la Bible pouvait entraîner la condamnation de leur auteur à la rétractation publique, à la prison et même au bûcher. Aussi était-il préférable à ceux dont les réflexions laissaient entrevoir d'autres hypothèses d'user des  "détours dont on doit envelopper une idée nouvelle" selon l'expression de Buffon.

Pourtant Jérôme Cardan (1501-1576), l'inventeur de la suspension qui porte son  nom, pense que les espèces se modifient continuellement au cours des temps, et aussi selon l'influence des lieux, et parle assez franchement dans son ouvrage De subtilitate. Quant au botaniste Jean Marchant, lorsqu'en 1719 il remarque la brusque apparition dans son jardin d'une nouvelle espèce de mercuriale qui se maintient ensuite constante, il signale ce phénomène à l'Académie des Sciences avec prudence et sans interprétation. Aujourd'hui, nous appelons cela une mutation.

Le principe qui expose que chacune des espèces a été créée tout d'une pièce, directement à partir de la matière inerte est le fixisme. Cette théorie étant en accord avec les Ecritures et l'Eglise qui exerçait toute son autorité jusqu'au développement de l'esprit scientifique à partir du XVIIIème siècle, celle-ci était profondément ancrée dans les esprits. En 1740, le naturaliste suédois Linné qui écrit "il y a autant d'espèces différentes que l'Etre infini a créé de formes différentes au commencement" était fixiste comme tout le monde à son époque. Mais en 1762, il énonce cependant que "toutes les espèces d'un même genre n'ont constitué à l'origine qu'une même espèce". La théorie de l'évolution se développe  timidement dans les esprits. La connaissance de fossiles et des terrains où on les trouve, l'appréciation de la longue durée des périodes géologiques vont permettre de la conforter.

En 1672, le zoologiste Swammerdam avait  suggéré que "Dieu n'a créé qu'un seul animal, diversifié en un nombre infini de sortes et d'espèces".

En 1680, Leibniz, philosophe et mathématicien, pense que les êtres ont pu se transformer à l'occasion des bouleversements du globe. Il écrit dans ses Nouveaux essais  :

Peut-être que, dans quelques lieux de l'univers, les espèces des animaux sont, ou étaient ou seront plus sujettes à changer qu'elles ne le sont présentement parmi nous. Et plusieurs animaux qui ont quelque chose du chat, comme le lion, le tigre et le lynx, pourraient avoir été d'une même race et pourront être maintenant comme ses sous-divisions nouvelles de l'ancienne espèce des chats.

Le philosophe Robinet imagine, entre 1761 et 1768, un modèle idéal d'où dérive tous les êtres vivants tendant peu à peu vers l'homme. Selon lui, l'évolution s'oriente continuellement vers de nouvelles métamorphoses "qui n'acquerront leur perfection que dans les âges futurs". Cette pensée sera reprise et développée plus tard par Teilhard de Chardin.

L'hypothèse de l'évolutionnisme fait aussi son chemin dans la pensée de Buffon :

Les espèces les moins parfaites, les plus délicates, les plus pesantes, les moins agissantes, les moins armées, ont déjà disparu ou disparaîtront avec le temps.

...

Chaque famille, tant dans les animaux que dans les végétaux, n'a eu qu'une seule souche qui, dans la succession de temps, a produit, en se perfectionnant et en dégénérant, toutes les races.

Il analyse la nouvelle théorie avec une très grande perspicacité, présente des arguments pour et des arguments contre. Directeur du Jardin du Roi, le futur Muséum, au faîte de sa carrière et de sa gloire mais condamné une fois par l'Eglise à se rétracter, il  se doit d'être très prudent en avançant une hypothèse audacieuse et il se contredit parfois.

Fait curieux, c'est un ecclésiastique, l'abbé Giraud-Soulavie qui, le premier au monde, en 1780, explorant son pays le Vivarais, découvre deux lois fondamentales de l'histoire de la vie au cours des temps : l'augmentation du nombre des types et leur complication progressive. Mais il n'en tire pas un argument pour l'évolution et son oeuvre restera méconnue pendant plus d'un siècle.

Cuvier retrouve, sur des ossements fossiles, la même loi de perfectionnement progressif. Sous le nom de Révolution du Globe, il pensait que des faunes différentes se sont succédées sur la Terre, sans  rattacher cette idée à celle d'évolution.

L'évolutionnisme

Lamarck (1744-1829) est le premier qui donne une idée claire et ferme de l'évolutionnisme.

Dernier né des onze enfants d'une famille pauvre, il se fait employé de banque pour gagner sa vie et suivre les cours au Muséum  A quarante neuf ans, on trouve pour lui une chaire dont personne  n'a voulu et dont ses travaux ne l'avaient d'ailleurs pas préparé, la Chaire des Animaux sans vertèbres. A 56 ans il se fait l'apôtre de la nouvelle doctrine qu'il expose en 1800 puis en 1809 dans la Philosophie zoologique. Les espèces dérivent les unes des autres, les circonstances nouvelles créent chez elles des besoins nouveaux, et leurs organes se modifient en conséquence. La fonction crée l'organe. "La Nature, disait-il ne doit être à nos yeux qu'un ensemble  d'objets". Et par objets, Lamarck entend les "corps physiques, les lois qui les régissent et le mouvement diversement répandu parmi eux". Mais, jusqu'à sa mort. Lamarck ne trouve qu'indifférence autour de lui..

Après un voyage en Amérique du Sud et dans les îles et une étude sur la répartition des espèces d'animaux et des plantes, Darwin publie en 1859 son ouvrage "Origine et Evolution des espèces". Ce fut un coup de tonnerre.

La doctrine de Darwin est simple. Les espèces dérivent les unes des autres. Leurs variations, déclenchées par "quelque changement dans les conditions ambiantes" se font au hasard. Les êtres vivants ont une fécondité extrême que Darwin trouve même excessive. Il en résulte une très grande mortalité. Les individus les moins aptes disparaissent, les plus aptes survivent. Par cette sélection naturelle, les variations les  meilleures sont conservées. Darwin a pour lui les meilleurs savants comme le naturaliste Thomas Huxley qui s'en alla proclamer partout  ce que l'auteur n'avait pas osé écrire, à savoir que "l'homme descend du singe", ce qui provoqua un scandale dans l'Europe libre-pensante.

Le darwinisme se heurte d'abord à l'hostilité des Eglises chrétiennes mais, après la mort de Darwin, l'archevêque de Canterbury déclare solennellement que l'évolutionnisme n'a rien de contraire aux enseignements de l'Eglise.

Fixisme ou évolutionnisme ?

La génération de matière vivante à partir de matière inerte formée de molécules de corps simples, essentiellement le carbone, l'hydrogène, l'oxygène, l'azote est une sorte de miracle. Ce miracle, le fixisme le réclame autant de fois qu'il y a eu et qu'il y a aujourd'hui encore d'espèces vivantes, nombre que l'on estime à quatre millions, que ce soit pour créer les végétaux et les animaux  les plus minuscules comme les arbres gigantesques et les monstres de l'époque secondaire.

A courte échéance, le fixisme paraît évident. Une chatte engendre des petits chats et non des petits chiens. Mais si le fixisme est vrai, on devrait pouvoir constater ce phénomène : de la matière inerte devenir vivante. L'expérience de Pasteur à la fin du XIXème siècle avait prouvé que le pullulement de micro-organismes dans les matières fermentescibles résulte de la présence ou de l'introduction de germes préexistants et non d'une génération spontanée. En 1953 à Chicago, Stanley Miller a obtenu dans ses éprouvettes  quelques molécules de protéines, bases essentielles de la matière vivante. Mais il n'a observé la création d'aucune cellule vivante organisée. Et si le fixisme est le principe exact, les formes de création auraient dû apparaître toutes ensemble ou bien n'importe comment  : une forme compliquée puis une forme simple, puis une forme moyenne, sans ordre. Or, les fouilles faites dans les couches d'âge que l'on peut déterminer montrent que les fossiles découverts font apparaître une évolution qui va du simple vers le complexe.

L'évolutionnisme ne réclame le miracle de la création qu'une fois, à l'origine. Les espèces dérivent ensuite les unes des autres. Parmi les observations qui, au cours de son voyage en Amérique du Sud, conduisirent Darwin à l'hypothèse de l'évolution, il indique dans une lettre au zoologiste Haeckel :

Premièrement, la manière dont des espèces très voisines  se succèdent et se remplacent à mesure que l'on va du nord au sud ; deuxièmement, la proche parenté des espèces qui habitent les îles du littoral de l'Amérique du Sud, et de celles qui sont propres à ce continent ; cela me jeta dans un profond étonnement, ainsi que la variété des espèces qui habitent l'archipel des Galapagos, voisin de la terre ferme..

Darwin avait noté que dans l'archipel des Galápagos, chaque île ou presque a une espèce de lézard particulier, et toutes ces espèces se rangent dans le même genre. Il avait fait une remarque semblable pour les tortues géantes. Chaque île a une espèce particulière, seule l'île la plus grande en a trois. Cela le conduit à penser que toutes dérivent d'une espèce unique qui a débarqué un jour sur l'archipel, sinon leur apparition reste un mystère.

Haeckel, défenseur de Darwin, avait remarqué  que la main de l'homme ressemble beaucoup à celle du gorille et de l'orang-outan. Elles ont toutes deux  la même fonction : prendre. La patte de devant du chien, la nageoire pectorale du phoque et du dauphin sont construites de la même façon. Les mêmes os constituent l'aile de la chauve souris, la patte en forme de pioche de la taupe et l'extrémité avant de l'ornithorynque, le plus imparfait des mammifères. Le volume et la forme des os varient d'une espèce à l'autre mais le nombre et les articulations sont partout les mêmes, à quelques exceptions près. Le sérum le plus semblable à celui de l'homme est celui du chimpanzé qui est le plus sujet aux maladies de l'homme : rougeole, scarlatine, coqueluche, poliomyélite, tuberculose. De ses observations  Haeckel concluait :

A quoi serait-il possible d'attribuer cette étonnante homologie, cette parité de la structure interne essentielle, dans la diversité des formes extérieures ? A quoi, sinon à une hérédité commune à partir d'ancêtres communs ?

Parfois des organes trop petits ou mal conformés pour fonctionner  s'expliquent par le principe d'une évolution à partir d'ancêtres communs. Les muscles moteurs du pavillon de l'oreille permettent chez le chien et l'âne de lui donner un mouvement.  Chez l'homme, ces muscles persistent,  mais ils sont atrophiés. Dans le coin de l'oeil, près du nez, un petit repli en forme de croissant est le témoin d'une troisième paupière développée chez le cheval et chez les oiseaux. L'embryon humain à quatre semaines est muni d'une queue aussi longue que celle du chien au même âge. Les vertèbres de la queue persistent jusque chez l'homme adulte mais elles ne formeront plus que le coccyx. L'autopsie des foetus ou nouveau-nés morts à la suite de malformations congénitales montre parfois l'existence d'organes atrophiés. Le cerveau humain comporte deux hémisphères cérébraux alors que celui des poissons n'en comporte qu'un seul. Cette anomalie existe chez certains foetus. Certaines généalogies humaines présentent de génération en génération des kystes au cou qui sont des résidus de branchies non résorbées. Chez les reptiles, le coeur se réduit à une seule poche incomplètement cloisonnée. Cette malformation apparaît parfois chez des nouveau-nés humains.

Mais la nature est capable aussi de réaliser le même dispositif, les mêmes organes à partir  de matériaux originels différents. Les naturalistes ont appelé convergence ces ressemblances qui ne découlent pas d'une communauté d'origine mais sont des réponses analogues à des besoins identiques. Les baleines, mammifères marins, et les poissons appartiennent à des groupes différents mais ces animaux possèdent des nageoires, adaptation de leur vie au même milieu.

Une classification

Les paléontologues ont procédé à une classification de l'ensemble des êtres vivants qui ont peuplé la Terre, jusqu'aux espèces actuelles. La vision de l'évolution du règne animal peut schématiquement être représentée par un arbre. Le tronc se divise en branches principales qui représentent les embranchements. Celles-ci se divisent en branches figurant les classes et de ramification en ramification, les classes se divisent en ordres, les ordres en familles, les familles en genres et les genres en espèces.

Si l'on découpe l'arbre et ses branches en tranches horizontales, la tranche du haut représente l'époque actuelle, celles du dessous, les époques de plus en plus anciennes. Selon notre choix, l'épaisseur des tranches représentera une durée de un million d'années ou davantage.

Si nous voulons, nous pourrons essayer de remonter, en suivant un même rameau vers le passé. Mais là, deux théories s'affrontent. Les premiers évolutionnistes étaient partisans du développement continu. Depuis 1900, de nombreux naturalistes penchent pour un chemin discontinu dans notre arbre, comme si les branches étaient composées de bûchettes juxtaposées les unes aux autres. Dans les variations des espèces d'animaux et de plantes, là où ils sont très nombreux, les transitions sont insensibles, l'évolution est continue, ou les différences qui marquent une discontinuité sont si petites que nous ne les distinguons pas. Ce qui rend difficile dans ce cas une classification. Quand les fossiles sont moins nombreux, des coupures s'observent dans une évolution. Le cas le plus défavorable est celui des grands animaux dont on a retrouvé peu de fossiles. Les progrès et les découvertes de ces dernières années ont révélé l'existence d'intermédiaires. Dans les groupes les moins favorables, les recherches tendent à réduire les intervalles et à montrer les signes de l'évolution. (André de Cayeux, Trois milliards d'années de vie)

(Nouvelle représentation  de l'évolution: l'arbre sphérique

http://www.ripostelaique.com/Remarquable-documentaire-de-France.html )

L'homme est-il un mutant ?

Dans l'arbre de l'évolution, l'homme est-il apparu d'un seul coup, comme l'eau lorsqu'on fait fondre la glace, ou par une série d'acquisitions successives, depuis l'aptitude à se tenir debout jusqu'au développement du cerveau  et l'apparition de l'intelligence ?  Les connaissances sur la structure de l'ADN se sont profondément enrichies au cours de ces dernières années. Elles font apparaître que des portions entières de cette chaîne de molécules  sont les mêmes chez tous les vertébrés, qu'elles appartiennent au génotype d'une mouche, d'un ver annélide, d'un rongeur ou de l'homme. L'arbre de vie  qui schématise l'évolution des espèces animales serait l'effet d'un lacis dont l'ADN assurerait la continuité. On a cru cette chaîne de molécules quasi immuable, ponctuée de sauts séparés par de longues périodes tranquilles. En réalité, on sait aujourd'hui que la chaîne de l'ADN mute énormément et propose partout et toujours des solutions nouvelles qui réussissent ou échouent. Les travaux du Hollandais de Vriès font ressortir l'importance des variations brusques, des mutations. Pour ses adeptes, cette  théorie expliquerait le principe de l'apparition  d'un seul coup de l'homme.

(..........)

L'étude des fossiles, celle de l'anatomie des animaux actuels nous apprennent que le monde vivant, celui du règne végétal comme celui du règne animal, forme une chaîne dont les  premiers maillons remontent à l'origine de l'Univers.

Une chaîne éternelle dont une extrémité se perd dans l'inconnaissable tandis que l'autre reste encore à forger. (Robert Ardrey)

Un maillon de cette chaîne, l'homme, est doté d'un organe exceptionnel : le cerveau.